« Chair Matière »
« Les Cannibales » entraînent le spectateur vers une dimension passéiste et ésotérique, celle des racines de l’humanité.
Par delà ces réminiscences, la matière, toujours plus charnelle, s’épaissit jusqu’à prendre la forme d’un organe vibratoire dont les battements se font l’écho invocatoire d’une Nature ayant perdu sa foi en l’homme.
« Les Cannibales » ont dévoré l’âme du cosmos et oublié l’unité universelle dont ils jouissaient. En égarant ce bien si précieux, ils se sont perdus eux-mêmes et depuis s’épuisent à chercher sans trouver, comme des spectres égarés dans les limbes d’un monde chimérique. Leur quête est celle de l’Absolu et tout en cherchant, leur chant s’élève en un requiem saturnien, vers les voûtes étoilées consternées, supplique à Dieu.
Les couleurs s’organisent autour d’un espace cerné de formes qui enferment et enlacent, séparent et enclavent et pourtant de cette ambiance manichéenne polychrome où la pénombre est réveillée de lumière, surgit la chair matiériste et organique au profil émotionnel comme un élan spirituel.
De ce dualisme si ancien émerge alors la sensibilité consciente qui se bat, comme bat un cœur symboliste qui se bat afin de ne pas dépérir puis périr…
Virginie Gauthier
Requiem pour un cannibale s’en allant à la guerre…
Mon cœur à l’aube je l’ai mangé
Comme un prédateur je l’ai déchiqueté
Et puis il n’en est rien resté !
Ce cœur ne savait que se damner
Alors la raison a tout arrangé
D’un coup de crocs, affaire réglée !
Et mon ombre a dansé toute la nuit
Sous de sombres auspices elle a souri
Comme une vestale, consacrant l’oubli…
Sous un arbre l’organe est enterré
Dans un autre monde il est exilé
Sa voix désormais lointain écho
Ne peut plus profaner ma peau
Reste mon esprit, mon corps et mon âme
A mon goût, c’est déjà pas mal !
Et parfois encore un peu trop
Alors je rêve d’un désert si chaud
Qu’il immolera bientôt mes os
Sous quelques vapeurs austères,
Tout redeviendra alors poussière…
Et mon ombre a dansé toute la nuit
Sous de sombres auspices elle a souri
Comme une vestale, consacrant l’oubli…
Virginie Gauthier







